Le Blog de l'autonomie musicale

Arrête de vouloir signer sur un label !

J’ai autoproduit 2 albums et un EP avec mon projet solo : Nil. Il y a treize ans, à la naissance de ma première fille, j’ai profité d’un congé de libre choix d’activité de six mois pour réaliser mon deuxième album : Piqûre de rappel. Le contrat était simple : Tout faire de A à Z en six mois pour inonder tous les labels de France et de Navarre correspondant à l’esthétique musicale de mon deuxième effort !

Dans ce délai, je suis arrivé à composer et écrire 13 titres en français, les enregistrer seul à l’exception des batteries que j’ai déléguées à un ami bien meilleur que moi. Je les ai mixées et mastériser. J’ai créé l’artwork en partant de photos personnelles et de mes connaissances du logiciel photoshop. J’ai écrit, tourné et monté un clip et un court métrage inspiré du titre de l’album. J’ai ajouté sur les 200 CD que j’ai gravés moi-même une piste CD-ROM qui incorporait des photos, le clip et le court métrage ainsi que des jeux, les paroles… Une fois mes 200 CD finalisés, j’ai acheté l’officiel de la musique et 200 enveloppes bulles. J’ai sélectionné mes destinataires en ciblant ceux qui me paraissaient pouvoir être intéressés par mon son.

Je me revois avec précision devant la boite aux lettres de la poste centrale, introduisant une à une les enveloppes tout en faisant une petite prière vaudou pour chacune d’entre elles!  Un partie de moi s’imaginait à ce moment-là en train de parapher un épais contrat d’artiste avec le label machin chose pour quatre albums, une tournée mondiale, et plus si affinité. On est parfois d’une innocence…

Au final j’ai dû avoir une dizaine de lettres en retour comportant le message standard :

« Nous avons bien écouté votre production blablabla malheureusement elle ne correspond pas blablabla… »

Mes deux plus belles opportunités liées à ces envois ont été un passage avec une interview et un live acoustique sur une radio du réseau ferra-rock (radio coteaux si mes souvenirs sont bons) et un mail de refus du label TRICATEL signé de la main de Bertrant Burgalat lui-même remplie de critiques constructives, de félicitations et de conseils. En d’autres termes 99 % de ce travail assidu, acharné et passionné s’est transformé, passez-moi l’expression, en peau de zob (merci de prononcer peau d’zob). Bien sûr j’ai ma part de responsabilité et mon travail n’était surement pas à la hauteur pour décrocher de cette façon la sacro-sainte signature.

On a tous (Groupes et artistes amateurs) plus ou moins eu ce fantasme de « signer » avec une maison de disque ou un label, comme avec ce bon vieux Frankie Sharp de Sharp Records! C’est dans notre inconscient collectif. On sait que la probabilité d’y arriver est presque nulle mais on tente quand même. C’est le syndrome du loto : 100 % des gagnants ont tenté leur chance et 100 % des perdants aussi ! Ce qui est névrosant c’est que le système entretient cette lueur d’espoir en nous racontant la fabuleuse histoire du groupe « the truc muche » qui s’est fait repérer après un concert dans le fin fond de là où je pense par le plus grand des directeurs artistiques du dernier label à la mode !  Sans parler de la dernière jeune chanteuse à la voix d’ange qui a explosé les compteurs de vues sur YouTube avec sa dernière vidéo virale qui fait le buzz. J’en profite au passage pour rétablir la vérité. La grippe est virale pas les vidéos et un buzz c’est et cela restera jusqu’à la fin des temps une cigarette conique aromatisée qui fait rire ! Oui je suis énervé !

Autant faire ce deuil tout de suite : Il est, à l’exception près, impossible de signer sur un label. Alors pourquoi, moi le premier, s’entêter dans cette quête ? Pourquoi faire et refaire les même actions qui invariablement donneront les même résultats (voir quelques lignes au-dessus ma métaphore dermatologique sur les parties intimes masculines).

Depuis l’époque de ce deuxième album (cela fait vieux con comme expression…), un nouvel élément est venu redonner un peu d’espoir aux musiciens esseulés et autres groupes sans familles : Les réseaux sociaux et autres plateformes collaboratives.

On peut désormais trouver des fans sur Facebook, des followers sur twitter et des abonnés sur Instagram et YouTube. Le paradoxe de notre époque dans toute sa splendeur : Il n’a jamais été aussi facile de partager son art et dans le même temps il n’a jamais été aussi difficile de se faire voir ou entendre dans ce gigantesque océan numérique. Savez-vous que chaque heure qui passe 600 000 heures de vidéos sont uploadés sur YouTube ! Relisez bien, car il n’y a pas de faute de frappe dans le nombre de zéro. Juste pour se marrer un coup, prenons une calculette. Sachant qu’un train part de Bordeaux à 16h30…Non je déconne !  Sachant qu’il y a 24 heures dans une journée et 365 jours par an, chaque heures nous publions 68 années de contenue vidéo sur la seule plateforme YouTube. Chaque heure… 68 années… Comment voulez-vous être entendu ? Je peux même aller encore plus loin : Si vous avez la chance d’être entendu, comment voulez-vous retenir l’attention de votre auditoire quand ce dernier a la possibilité de fouiner dans 68 ans de vidéos chaque heure ? Vous l’aurez compris ça pique un tout petit peu…

Pour autant je reste optimiste !

Je sais, à me lire jusque-là cela ne vous saute pas à la gorge. Ce qui me fait continuer à regarder le coté plein du verre, c’est l’essence même de la musique. Son expression brute et intemporelle : Le live. Jouer sa musique aux yeux, au nez et à la barbe de son auditoire. Aller chercher l’émotion brute d’un sourire, d’un hochement de tête ou le mouvement en rythme d’un pied. J’ai quelques concerts à mon actif. Certains se passent bien d’autre se passe… Il m’est arrivé de sortir de scène avec une impression de lassitude. Il n’est pas évident de jouer ses propres compositions devant un public qui les découvre à mesure que vous les interprétez. Pour peu que le son soit brouillon comme c’est souvent le cas dans les endroits qui sont facilement accessibles pour des artistes de ma renommée, en d’autres termes des lieux qui ne sont pas fait pour ça et votre retour à la réalité prend le goût d’une démotivation profonde.

Soudain, surgissant du fond de la salle, une paire d’yeux vous accoste. Derrière un grand sourire, une personne vous raconte comment votre musique l’a touché. Elle vous remercie même pour ce moment, comme si vous n’aviez joué que pour elle. Vous avez touché une âme et un cœur alors qu’il y en avait 70 dans le bar mais peu importe. Cette connexion est tellement nourricière, qu’elle vous remplit pour une dizaine d’autres dates pseudo foireuses !

C’est donc le rapport direct à l’autre que je choisis pour repartir une nouvelle fois sur le ring. Cette fois c’est sans filet que je me présenterai à vous d’ici quelques semaines puisque j’ai décidé de repartir seul sur scène défendre mes chansons, mes mélodies et mes textes. Il faudra inventer un nouvel équilibre voir même de nouvelles façons de transformer ce «rapport direct à l’autre » en public.

L’originalité d’une démarche artistique orientée dans le concret (et en mélangeant les lettres dans le concert ! maitre Capello sort de mon corps…) est je pense le meilleur angle pour aborder l’aventure. C’est l’angle que je choisis car quel que soit ce que l’avenir nous prépare, que l’industrie du disque s’effondre ou flambe à nouveau comme au bon vieux temps, que YouTube et consort deviennent les maitres du monde ou finissent dans de lointains méandres numériques ( Hello Myspace comment vas-tu ?) , il existera toujours un espace à portée de main pour jouer sa musique à même le sol, sans scène et sans fard devant des oreilles curieuses prêtent, pour peu que l’on arrive à les charmer, à nous donner bien plus que 5 secondes d’attention. Il suffit d’être sincère, authentique et de faire sentir à ceux qui écoutent et regardent qu’il n’y a aucun autre endroit sur terre qui pourrait mieux vous aller que celui sur lequel vous vous tenez devant eux, derrière une guitare, une basse ou un micro, devant un piano ou que sais-je encore. Soyez-vous un point c’est tout !

P.S : Si votre père est directeur artistique chez Universal, faites comme si vous n’aviez rien lu. Envoyez moi juste ses coordonnées !!

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