Le Blog de l'autonomie musicale

Mes premières notes

J’ai commencé la musique vers quatorze ans le jour où le père Noël a déposé sous le sapin un ampli 10 watts et une guitare électrique Jim Harley d’un rouge trop rouge !

Sans savoir jouer, sans savoir chanter j’ai monté mon premier groupe dès le lendemain de Noël. Un casting serré m’a fait recruter le plus grand batteur des alentours : Mon petit frère. C’était, en plus d’être pratique vu la distance qui séparait nos deux chambres, la recrue idéale puisque il avait une imagination débordante pour pallier à un handicap de taille : Il n’avait pas de batterie. Après une réunion fraternelle nous avons jeté sur le papier les grandes lignes de notre projet (parce que c’est notre projeeeeeeeett ! Désolé…) : Il nous fallait un nom : The poultry. Littéralement, la volaille. Pourquoi ? Surement car c’est le premier mot sur lequel je suis tombé en ouvrant au hasard les pages de mon gros dictionnaire d’anglais scolaire Harrap’s ! Avec le recul nous avions sans le savoir inventé le revival rock du début des années 2000 en 1991 : Notre nom de groupe commençait par « The » et nous étions un duo guitare, batterie. Il nous arrive de croire que nous sommes les précurseurs de groupes comme the White Stripes ou The Kills. Il nous arrive surtout de nous réveiller juste après !

Une fois notre nom de formation en poche, il nous fallait trouver notre son. Mon inexpérience musicale et les substituts d’éléments de batterie qu’avait trouvés mon frère se complétaient à merveilles. Notre son était rugueux et approximatif. Mes héros de l’époque, Sonic Youth et autre Kurt Cobain nous donnaient une explication rationnelle à tout ce vacarme inaudible. Ce n’était pas faux, c’était dissonant. Ce n’était pas de la bouillie sonore, c’était expérimental !

Je me souviens très précisément du jour où j’ai découvert l’accordage en Ré. Le simple fait de désaccorder la corde de Mi en Ré m’apparut à ce moment précis comme un miracle divin. Le saint graal du débutant. Plus besoin de se crisper les articulations pour appuyer sur des cordes tranchantes des suites d’accords complexes. Il suffisait de faire glisser mon index boudiné et maladroit tout au long du manche pour avoir l’impression de composer tube sur tube. Je nous revois très précisément dans le salon de notre pavillon de province, nous enregistrant sur la chaine HIFI paternelle à l’aide d’un micro en plastique bleu à la bonnette jaune poussin (mais qui était en charge du design des micros chez Sony ?). Mon frère ravageait des cartons de lessive vides et des boîtes de conserve tandis que j’égrainais des couplets riches de deux, trois accords au maximum sur ma Jim Harley désaccordée.

Comme il fallait chanter, je me suis porté volontaire. Il fallait donc écrire des textes. Toute la musique que j’écoutais à cette époque était d’origine anglo-saxonne, le choix s’est naturellement porté sur la langue de Shakespeare. Le choix s’est surtout porté sur le même gros dictionnaire Harrap’s  Français / Anglais qui m’avait précédemment donné notre nom de groupe.  Il devint dès lors mon plus fidèle livre de chevet !

Notre répertoire grossissait à vue d’œil. Une composition en chassait une autre. Notre titre phare se nommait « Morning after pill ». Littéralement le texte n’avait absolument rien à voir avec son titre et j’ai compris plus tard que le principal tube des Poultry s’intitulait en français dans le texte : La pilule du lendemain. Cette petite anecdote traduit bien l’enthousiasme et l’urgence avec lesquels nous abordions, mon frère et moi, la composition et l’écriture de ces premières esquisses de chanson. Sa structure harmonique était, à mon humble avis, une révolution pour l’époque. Le couplet se composait de trois accords tous distants d’un ton et le refrain n’était autre que ces mêmes accords égrenés à l’envers. Magique !

Une fois les deux faces d’une cassette bien remplies, il nous fallait trouver le nom de notre album, dessiner la pochette et la faire découvrir au reste du monde : Nos 2 meilleurs copains du quartier. Puis nous recommencions le processus sans jamais une once de lassitude.

Aujourd’hui, 27 ans après je suis toujours aussi enthousiaste à l’idée de créer des mélodies, écrire des textes, enregistrer, mixer, concevoir des pochettes, des clips et pouvoir jouer mes compositions en live. Quand j’y repense avec ces trois décennies de recul je trouve totalement logique d’avoir composé et écrit ma première chanson sans même connaitre une seule note de musique. Car ce qui m’anime, ce qui me fait vibrer et qui me donne cette sensation unique de me sentir pile poil à la bonne place sur terre c’est celle que je ressens quand je créé une chanson de a à z. C’est d’ailleurs souvent frustrant pour mon entourage qui n’a de cesse de me demander de jouer telle ou telle reprise et à qui je ne sais servir que mes propres compositions. Bien évidemment j’ai appris à jouer et à chanter la dizaine de chansons incontournables pour, adolescent, tenté de draguer les filles aux bords des feux que l’on allumait  sur les plages de l’atlantique.

“But I’m a creeeeep, I’m a weirdo oo…”

Fin 2017, pour mes quarante ans, ma femme m’a offert une semaine dans un très beau studio professionnel. Bien que j’aie déjà eu un bon nombre d’expériences similaires, c’est quand même la première fois que je consacrais une semaine entière dans une telle structure à mes chansons. Celles que je compose d’un bout à l’autre dans mon ancienne chambre d’adolescent chez ma voisine de mère. Là où des années durant, suite à notre première expérience de groupe, nous avons mon frère et moi appris à jouer ensemble mais c’est une autre histoire que j’aborderais dans un futur article. 27 ans après « The Poultry » et nos sessions d’enregistrements rustiques avec notre super micro bleu jaune en plastique, j’ai ressenti la même joie, le même enthousiasme à enregistrer les 4 titres qui composent l’EP Bleu Karma. J’ai pris autant de plaisir pour chaque étape de ce processus passionnant: Les premières esquisses enregistrées à la volée sur mon téléphone, la recherche d’arrangements et d’équilibre entre chaque instrument, l’enregistrement d’une première maquette dans mon home studio, l’écriture du texte, l’enregistrement et l’exploration des sons en studio, le mixage, le mastering, l’élaboration des visuels, la création d’un clip.

Après bien des circonvolutions autour de mes différents projets plus ou moins artistiques que je tente de développer depuis une vingtaine d’années et bien secoué par ma quarantième année, j’ai décidé de créer ce blog autour de mon expérience artistique d’artiste amateur. J’y parlerai pêle-mêle de la vraie signification pour moi de l’indépendance et de l’autonomie musicale, des techniques d’enregistrements et de composition en m’appuyant toujours sur mon expérience personnelle et mes propres chansons. J’espère vous y croiser pour échanger avec vous autour de ce qui nous passionne : La musique et sa composition.

 

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