Le Blog de l'autonomie musicale

smells like teen spirit

Ma fille aînée vient de faire 14 ans. En plus de mettre une grosse claque derrière mes tempes grisonnantes de néo quadra, cet anniversaire m’a fait repenser aux miens de 14 ans. Je les ai faits le 1er septembre 1991.  Le 10 septembre, soit 9 jours plus tard (Il sait faire des additions malgré son grand âge, formidable !) sortait le titre Smell Like Teen Spirit d’un groupe alors inconnu de mes oreilles adolescentes : Nirvana. Le 21 septembre c’était l’album Nevermind qui venait finir d’enfoncer un énorme clou dans mes frêles petits tympans déjà bien burinés par le black album de Metallica mis au monde, lui, le 12 août de la même année. Pour me finir, et même si je commençais à me détacher d’eux, les Gun’s sortaient le double album Use your Illusion 1 & 2 le 17 septembre 1991. J’en profite ici pour remercier chaleureusement les Rage Against The Machine qui ont, et c’est tout à leur honneur, retardé d’une année la sortie de leur premier album éponyme (3 novembre 1992) pour m’éviter une mort certaine par overdose de trop bonne musique d’un seul coup !

Un titre et tout bascule:

Avec le recul et la sagesse que me confère ma grande expérience (toujours se jeter des fleurs, toujours !) je pense que c’est  bien le titre Smell Like Teen Spirit qui a déclenché en moi une réaction en chaîne qui me conduit à ce moment précis où, 28 ans plus tard, j’écris ces mots.

Il faut se remettre dans ma peau (grasse, puberté oblige) de l’époque. J’ai 14 ans donc (je sais à force vous avez compris). Mes seules expériences sonores tournent autour d’une cassette de Scorpion et d’un 45 tour d’Enigma, projet obscur mêlant chant grégorien et musique à peine électro (Mais pourquoi donc ??). J’écoute d’une oreille distraite à la radio les hits  post Top 50, tous faisant partie d’une soupe commerciale que la bande FM de ce début de nouvelle décennie semble énormément apprécier. Pour être tout à fait honnête avec vous, j’ai eu, quelques mois auparavant (mars 1990) un premier coup de foudre musical pour un album en particulier : Violator de Dépeche Mode. Et même si ces premiers frissons musicaux sont indéniables et sont un indice précoce de mon amour pour les mélodies mélancoliques, je n’ai pas à ce moment précis le déclic que j’aurai un an plus tard :

Juste Kurt Cobain !

Ce moment est gravé tellement profond en moi que j’arrive à en ressentir encore aujourd’hui les effets. Je suis assis dans le canapé familial, l’œil à moitié vide devant la télé. Je rêvasse (sûrement à une belle poitrine, puberté oblige). A l’écran un jeune blond aux cheveux longs entame un reef de quatre accords dans un gymnase sombre et poussiéreux. Je prends une claque monumentale dès la première seconde. La chanson remplit l’espace et je pleure de bonheur devant sa simplicité, son efficacité. Les quatre accords tourne en boucle d’un bout à l’autre du titre, même le solo n’est ni plus ni moins que la ligne mélodique de la voix. Le batteur tape comme un bûcheron. C’est fort, ça crie, ça pue, j’adore.  Cinq minutes et une seconde plus tard, je ne suis plus le même…pour toujours.

Avoir 14 ans à ce moment précis fut une bénédiction. Cet âge ingrat, était l’âge parfait pour prendre en pleine face cette chanson, ce reef et tout ce qui se cachait derrière : un mouvement, une façon d’être, de vivre et toute une ribambelle de groupes passionnants que j’allais découvrir en creusant le sillon : Sonic Youth, Soundgarden, Pearl Jam, Mudhoney, Silver Chair

C’était comme découvrir un nouveau monde, une nouvelle façon d’appréhender la suite, une petite révolution personnelle. Je présume qu’entendre pour la première fois de sa vie Elvis, les Beatles, les Stones, les Doors, Led zep ou Pink Floyd… quand on a 14 ans doit être autant radical.

Un second moment est ancré solidement dans ma mémoire. C’est la prestation live du titre Drain You sur la scène de l’émission culte des années 90 de Canal + Nulle Part Ailleurs. Je me souviens précisément de la décharge d’adrénaline, du groupe habillé avec beaucoup de classe en chemise blanche et gilet noir, de la hargne dans la voix de Kurt et du regard un peu vide et détaché qu’il avait.

Bloqué à 14 piges.

Je n’ai malheureusement pas eu le temps de voir Nirvana en live. Kurt Cobain s’est donné la mort le 5 avril 1994. Je me souviens parfaitement du moment où je l’ai appris. Je crois qu’une part de moi est restée bloquée à cet instant. Depuis, j’ai en permanence à mes côtés une version de moi adolescente aux cheveux longs, prête à plaquer trois accords approximatifs tout en  criant des paroles décousues et incompréhensibles dans un SM58, trop serré dans un jean complètement déchiré aux deux genoux, en sueur sous une chemise épaisse à carreaux rouges et noirs malgré les 40°C à l’ombre !

Pour mon premier concert avec mon projet solo, j’ai invité chez moi mes plus proches ami(e)s histoire d’exorciser ce moment devant des oreilles familières. C’était pour moi le moyen d’aborder ma première date réelle (avec un public inconnu devant le nez) avec beaucoup plus de sérénité. J’étais à peine sortie de ce dépucelage qu’une des meilleures amies de ma femme s’est jetée sur moi m’arrachant mon T-shirt en… Non, forcément je divague. Cette amie donc, a souligné la hargne et la fougue qui sortaient de ma musique et mes textes tout au long de ce concert privé. Je n’y étais consciemment pour rien. C’était bien cette part ado rebelle qui avait pris le dessus pendant la totalité de mon set.

Vieux fan ?

 La remarque de cette amie m’a fait imaginer une fin alternative. J’ai vu Kurt Cobain, vieillissant, bedonnant, l’ombre de lui-même, finissant sa vie dans un enchaînement pathétique de divorce trop médiatisé, de cure de désintox et de tentatives de retours foireuses et essoufflées. Par ricochet, je me suis vu beauf, enfin plus beauf qu’aujourd’hui (soyons humble, on est tous le beauf de quelqu’un). C’est un peu comme les fans de Johnny. Ils ont vieilli comme lui. Je sais, je ne vais pas me faire que des amis avec ce genre de réflexion.

Mais Johnny est l’idole de mon père et vous le savez autant que moi. Il faut bien tuer le père. Je préfère pour mon avenir judiciaire m’occuper de son idole !

Il y a quelques jours ma fille aînée est tombée sur mon vinyl de Nevermind. Depuis, elle l’écoute en boucle et m’a demandé de lui apprendre l’arpège de Come As You Are à la guitare. La boucle est bouclée. J’aimerais juste qu’elle prenne elle aussi une claque monumentale avec un de ses contemporains, mais qui… ?

Parole de vieux…beauf…, non?

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